Quelques coups de cœur de la rentrée littéraire 2015…

 


 

 

 

 

 

« Crash-test » Claro (Actes sud)

Nous assistons à trois récits de vies, trois corps en équilibre qui se débattent et résistent dans des univers violents. C’est un texte qu’on a envie de lire à voix haute tant le style aiguisé navigue entre poésie et langue oulipienne.

 

« Profession du père », Sorj Chalandon (Grasset)

Emile nous raconte son enfance aux côtés d’un père affabulateur : agent secret, membre des « Compagnons de la chanson », conseiller de De Gaulle, footballeur professionnel… De mensonges en mensonges, la névrose s’accentue et avec elle la violence quotidienne, la manipulation et les coups envers le fils et la mère. C’est un sublime portrait de l’intime que nous livre l’auteur, à la fois tendre, juste et cruel.

 

« Otages intimes »  Jeanne Benameur (Actes Sud)

Etienne, photographe de guerre, vient d’être libéré après avoir passé plusieurs mois en tant qu’otage, on ne sait ni où, ni quand. Ce qui importe c’est l’après, le retour aux côtés de la mère et des amis d’enfance. Avec beaucoup d’humanité, Jeanne Benameur décrit la reconstruction après l’impensable, le retour à la vie.

 

« Les enfants du chœur de l’Amérique »  Héloïse Gay de Bellisen(Anne Carrière)

Plusieurs visages composent ce récit, ceux de deux jeunes garçons un peu paumés qui vont devenir des meurtriers, celui de Caufield, le héros de « L’Attrape Cœur », celui de l’Amérique qui se demande ce qu’elle a fait pour engendrer violence et misère. Un second roman brut et cru, à l’architecture originale qui nous plonge dans les méandres sociales des Etats-Unis sur fond de Beatles et de Taxi Driver !

 

« Gratis » Félicité Herzog (Gallimard)

Lire « Gratis » c’est un peu redécouvrir le cynisme du « Loup de Wall Street » mais à Londres… Ici on suit Ali Taraq, jeune entrepreneur dont le cœur bat au rythme de La City où tout semble possible pour qui a de l’ambition, des idées, du charisme. De ses nuits d’insomnie naîtra New Birth, projet fou qui propose à chacun d’enterrer son passé et de se créer une nouvelle vie avec de nouveaux visages, une nouvelle carrière, de nouvelles activités…

Un roman incroyable sur l’existence virtuelle, fantasmée et redoutée.

 

  « Les loups à leurs portes » Jérémy Fel (Rivages)

Un adolescent qui incendie la maison de ses parents endormis, voilà comment s’ouvre le premier roman de Jérémy Fel. De page en page le lecteur découvre les ramifications entre cet anti-héros implacable, Daryl et les personnages à venir, tous unis par la menace qui plane sur eux ou sur les autres .Jérémy Fel signe un roman très cinématographique à l’atmosphère digne de David Lynch, un récit trouble qui dérange son lecteur par la tension sous-jacente de son écriture, de ses décors. A découvrir !

L’auteur sera présent à la librairie pour une rencontre littéraire aux côtés de son éditeur vendredi 20 novembre à 19h .

 

« Petits plats de résistance » Pascale Pujol (Le Dilettante)

Mieux vaut ne pas croiser Sandrine Cordier dans les bureaux du Pôle emploi…Aigrie par une carrière ratée et une vie familiale standard, celle qui fait la chasse aux profiteurs du système pour faire diversion verra pourtant sa vie s’éclairer grâce à une autre passion dévorante : la cuisine…A ses côtés, une galerie de personnages tendres et fantasques qui tentent à leur mesure de résister aux conventions. Un premier roman jubilatoire, gros coup de cœur de la librairie !

L’auteure sera présente à la librairie pour une rencontre littéraire vendredi 9 octobre à 19h .

 

« Cinq histoires russes » Elena Balzamo (Notabilia)

A travers plusieurs  générations d’hommes et de femmes , Elena Balzamo offre une histoire intime de l’URSS, de l’absurdité administrative à la cruauté de la délation, de l’enfermement et de l’exil. On entre dans un univers violent et kafkaïen où la liberté ressemble à un territoire à conquérir…

« Après cette arrestation eut lieu le mémorable échange entre ma grand-mère et le juge d’instruction.

– Pourquoi cet acharnement ? lui demanda-t-elle. Pensez-vous vraiment qu’après tant d’années de prison, de camp, de relégation, les gens comme moi peuvent encore représenter un danger pour l’État ?

– Un danger, non, lui répondit placidement le juge. Mais les gens de votre espèce ont une mémoire, et c’est de cela que nous ne voulons pas ! ».

A paraître le 10 septembre 2015.

 

« Délivrances » Toni Morrison (Christian Bourgois)

Lula Ann est une petite fille élevée avec sévérité par sa mère, Sweetness qui sait le sort réservé aux noirs dans l’Amérique des années 70/80 et tente maladroitement de la protéger. Elle est née « noire comme la nuit, noire comme le Soudan », se plaint Sweetness qui est, elle, « une mulâtre au teint blond ».Vingt ans plus tard, Lula Ann s’est rebaptisée Bride, femme sensuelle qui joue de sa couleur de peau avec insolence, comme une revanche sur la société… mais pas vraiment sur la vie, laquelle a du mal à composer avec son passé. Un magnifique portrait de femme  signé par une grande dame  de la littérature américaine.